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Samedi 27 août 2016 - Accueil > Pages de l'Evêque > Textes et homélies > La fin de vie a-t-elle un sens ?

La fin de vie a-t-elle un sens ?

Église, fin de vie, euthanasie

Mgr Hervé GIRAUD, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin

 

1. Parler de la mort et de la résurrection

    La mort est un mystère à respecter car elle fait partie… de la vie. La mort est fuie, redoutée, dépourvue de sens et notamment quand elle se vit dans la souffrance. Il est normal que l’homme s’insurge contre la mort et contre la souffrance. Au long de sa vie terrestre, Jésus a donné de nombreux signes de sa lutte contre elles. La résurrection du Christ ne détruit d’ailleurs pas le passage par la mort, elle rend même ce passage d’autant plus obscur. Mais l’espérance de la résurrection projette une lumière nouvelle sur le mystère de la souffrance et de la mort. La mort n’est plus un point final mais un passage à la vie en Dieu.

 

2. Réfléchir aux évolutions actuelles

    L’Église encourage les progrès de la médecine qui servent l’humanité de l’homme. Elle prend en compte les demandes nouvelles de l’homme moderne qui estime avoir le droit de demander à la société de lui garantir la possibilité et les moyens de mourir dans la dignité. L’Eglise partage ce désir des humains puisque tout homme est pour elle enfant de Dieu, ce qui fonde sa dignité.

   Mais l’Église analyse aussi, avec d’autres confessions, associations ou personnes, ce que signifie la tentation actuelle de l’euthanasie : difficile rapport à la mort ? peur de la souffrance ? silence sur les fins dernières ? La fin de vie n’est pas uniquement une question médicale. Elle nécessite des débats raisonnables de société, et pas seulement des sondages ou des témoignages émouvants.

 

3. Refuser les moyens disproportionnés et encourager les soins palliatifs

    La souffrance demeure un mal et une épreuve. Il faut donc tout faire pour aider à vivre ceux qui souffrent de graves douleurs, physiques, psychiques ou spirituelles. L’Église demande de renoncer à des moyens disproportionnés (« acharnement thérapeutique », « obstination déraisonnable ») qui ne respecteraient pas le malade. Dans ces situations, lorsque la mort s’annonce imminente et inévitable, on peut en conscience renoncer à des traitements qui ne procureraient qu'un sursis précaire et pénible de la vie.

    Les soins palliatifs sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié. L’Église considère qu’il peut être licite de recourir à des analgésiques, des sédatifs, des narcotiques pour soulager la douleur, même s’il y a un risque d’amoindrir la conscience ou d’abréger la vie. L’Église ne pousse donc pas à un comportement héroïque. Le malade doit pouvoir se préparer, en pleine conscience si possible, à quitter ses proches, à rencontrer Dieu. Le devoir principal est surtout de visiter les personnes en fin de vie, de les accompagner et de les soutenir dans l’épreuve.

 

4. Dénoncer des dérives sociales, morales, légales

    Par ailleurs, l’Église dénonce la mentalité utilitariste de nos sociétés occidentales qui considère comme insupportable le nombre croissant des personnes âgées et diminuées. Elle craint que la vie du plus faible soit alors mise entre les mains du plus fort. Elle mesure combien la confiance mutuelle serait atteinte dans la société (notamment dans les hôpitaux et maisons de retraite) ; or cette confiance est le fondement de toute fraternité.

 

5. Donner des définitions et des repères

    « Par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de soi et dans l'intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. L'euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés. » (Evangelium Vitae 65)

    L’Église a formulé un interdit ferme : « L'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine ». L’euthanasie est une fausse pitié si l’acte est accompli par ceux qui devraient assister leur proche avec patience et avec amour, ou par ceux qui, en raison de leur profession, comme les médecins, devraient précisément soigner le malade même dans les conditions de fin de vie les plus pénibles. L’interdit du meurtre a pour première fonction de protéger les personnes les plus vulnérables. Il reste, pour tous, le fondement indispensable de la vie en société.

    De plus, l’Église s’oppose  au « suicide assisté ». On ne doit pas se faire le collaborateur et parfois l’acteur de cet acte même si cela répond à une demande ; pousse-t-on un suicidaire dans le dos quand il est au bord du précipice ?

    D’autres notions seraient à mieux réfléchir ou définir. Ainsi la dignité humaine n’est pas une chose que l’on possède, dont on juge et dont on demande à l’autre de ratifier l’absence ; elle demeure en soi et attachée à soi quel que soit notre état. C’est là non seulement une conviction de foi mais une conviction partagée par beaucoup de ceux qui réfléchissent à la condition humaine. La compassion n’est pas une émotion, mais une présence qui exige de l’écoute et du recul. Le « droit à mourir, au suicide, à ‘partir’… » entre dans une logique de « droit subjectif » qui tend à tout judiciariser.

 

6. Soutenir les consciences et offrir une perspective de foi

    Il est toujours difficile de prendre des décisions en conscience et en situation. En présentant sa position l’Église n’entend pas l’imposer au nom d’un arbitraire, mais d’une confiance en l’homme. Nous savons, par les témoignages recueillis, que les demandes d’euthanasie disparaissent quand les personnes souffrantes sont mieux accompagnées. Quand quelqu'un demande la mort c’est un peu l’échec de ceux qui l’entourent. Quand une société n’a plus que la mort à proposer, n’est-ce pas également signe de son échec ? C’est donc bien à une plus grande fraternité que nous sommes appelés. C’est ce que rappelle l’Apôtre saint Paul : « Nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même ; si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14, 7-8).

 

 

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