Le pré-synode jeunes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican, le pape François les a encouragés lundi 19 mars à parler « sans gêne ».

Des questions et des réponses « sans anesthésie », avec un mot d’ordre : la liberté de parole. Comme il l’avait souhaité lors des deux précédents Synodes des évêques, consacrés à la famille, le pape a insisté lundi 19 mars, lors de l’ouverture d’une réunion présynodale rassemblant 285 jeunes d’environ 130 pays – de l’Australie à la Belgique en passant par le Liban, le Zimbabwe ou la Chine –, sur l’importance de discuter avec « courage », « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ».

Cette large convocation d’une semaine a ainsi pour but de donner la parole aux jeunes, qui seront au cœur du prochain synode, dont l’ouverture est prévue en octobre au Vatican. À l’automne, des évêques du monde entier seront ainsi rassemblés pour réfléchir sur les jeunes d’aujourd’hui, leur rapport à la foi et à l’Église, et la manière dont cette dernière peut les accompagner. Au terme de leurs échanges, samedi, les participants présenteront un texte commun qui servira à l’élaboration de l’Instrumentum laboris, le document de base du travail synodal.

Questions d’une jeune Nigériane, prostituée de force en Italie

Après cinq témoignages de jeunes, représentants des différents continents, le pape a répondu sans notes aux questions franches et directes présentées lundi par cinq autres participants issus des différents endroits de la planète, balayant de nombreuses thématiques. Et comme il en a l’habitude, il n’a pas manqué de formules-chocs.

À une jeune Nigériane, prostituée de force en Italie, qui l’interrogeait sur le fait que de nombreux clients sont de religion catholique, il a redit avec force qu’il s’agit là d’une pratique « criminelle » de la part de ceux qui y ont recours. « Ceci, a-t-il affirmé avec véhémence, n’est pas faire l’amour. C’est torturer une femme ! Ne confondons pas les termes. » « La racine de tout cela, a assuré François, naît d’une mentalité malade. » « Aucun féminisme n’est parvenu à ce jour à ôter de la conscience et de l’imaginaire collectifs le fait que la femme est à exploiter… »

Le pape a d’emblée affiché un ton incisif. Attentif à la diversité des problématiques présentées, il a voulu donner des lignes directrices pour la suite des discussions, qui se poursuivront par petits groupes jusqu’à samedi.

Un discernement nécessaire « face au vide »

À Maxime Rassion, jeune Français de 20 ans non baptisé et étudiant à l’Institut catholique de Paris (ICP), qui l’interrogeait sur la difficulté de poser des choix en matière d’orientation professionnelle, le pape a rappelé la nécessité du discernement, une notion à laquelle, comme jésuite, il est très attaché. Un discernement, a-t-il précisé, nécessaire « face au vide » qui entoure parfois la jeunesse, et qui sera aussi fort utile lors du travail synodal. D’où l’importance, a-t-il ajouté, en cette période délicate de la vie, de se faire accompagner « par quelqu’un de confiance », et ainsi pouvoir « avancer ».

Dans cette délicate entreprise, la tentation peut être grande de se confier uniquement à la « raison », comme l’a exposé une jeune Argentine, membre de Scholas Occurrentes, une initiative éducative née à Buenos Aires. « C’est une conséquence des Lumières », a relevé le pape, pour qui l’éducation doit au contraire permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». « Pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur, pour bien sentir, et celui des mains, pour bien faire », a ajouté François, avant d’entamer une sévère critique du « monde virtuel », tout en reconnaissant qu’il pouvait aussi être une « richesse ».

Vive dénonciation du « cléricalisme »

Les questions posées par les jeunes participants ont touché des points très concrets. Ainsi, un séminariste ukrainien a interrogé le pape sur la tension entre sa préparation au sacerdoce et l’acceptation de la culture actuelle, y compris dans ses formes les plus incompréhensibles, comme les tatouages. Le pape a saisi l’occasion pour reformuler une vive dénonciation du « cléricalisme » et une condamnation sans appel, une fois encore, des « commérages », véritable « terrorisme ». Ceux qui les colportent, a-t-il explicité, « sont comme les terroristes : ils lâchent leur bombe puis s’en vont ».

Bien d’autres thèmes ont été abordés au cours de cette intense matinée de dialogue : l’éducation affective des religieux et religieuses – « je préfère qu’un religieux perde sa vocation plutôt qu’il soit malade et ne fasse du mal » – ou la nécessité du détachement matériel – « le diable entre par les poches ».

Marie Malzac (Sources : journal La Croix)